Histoire de Lariboisière

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GROUPE HOSPITALIER 10ᵉ

Histoire de Lariboisière

<b>Le commencement</b>

L’hôpital Lariboisière a représenté en son temps une grande aventure, celle de la création d’un nouvel hôpital. Ses nombreux promoteurs eurent tous l’obsession d’en faire un hôpital modèle.

Alors que la population du nord de Paris ne cessait de croître, deux hôpitaux seulement desservaient la rive droite: Saint-Antoine et Beaujon, Saint-Louis étant réservé aux maladies cutanées.

La rive gauche, quant à elle, en abritait cinq, dont le très vieil Hôtel-Dieu, bâti au VIIIème siècle déjà totalement paralysé par l’afflux de malades. Le rapport de la commission de l’académie des sciences rapporte qu’ils sont plus de 5000 et préconise de diviser l’Hôtel-Dieu en quatre hôpitaux de 1200 malades chacun.

Cette commission créée en 1788 rassemble autour des chimistes Lavoisier et d’Arcet , l’astronome et député Bailly, le naturaliste Daubenton, Tenon, Laplace, Coulomb. L’académie des sciences a chargé ces scientifiques d’étudier l’économie des hospices et de lui présenter des projets.

D’emblée leurs regards se tournent vers l’Angleterre. Ils s’y rendent, visitent, analysent, et proposent au retour une construction en pavillons séparés, aérés et espacés, dont chaque salle ne contiendrait plus qu’un petit nombre (10 à 30) de malades. Ils prévoient également une séparation entres malades infectieux et autres malades.

Ces conclusions se vérifient avec éclat lors de l’invasion de 1814 : les hôpitaux parisiens, débordés, se résignent à héberger les malades dans les abattoirs de Ménilmontant. Or on y comptabilise un décès sur douze, pour un décès sur cinq à l’Hôtel-Dieu ou à la Pitié-Salpêtrière. On vérifie par là même que la disposition en pavillons séparés est source d’une plus grande salubrité.

L’idée de construire un hôpital neuf dans le nord de la capitale est donc acquise dès la fin du XVIIIème siècle. A cet effet la ville de Paris a acheté en 1818 des terrains dans le clos Saint-Lazare. Ils présentent l’avantage d’être peu coûteux (30 francs le mètre carré), exposés au sud, mais ils sont insuffisants et surtout ils jouxtent le débarcadère des chemins de fer du nord , ce qui les rend bruyants.

Il fallut agrandir le terrain par des terres adjacentes appartenant au Baron de Rotschild: celui-ci donna à la ville 34 700 m² de terrains en échange desquels la ville de Paris lui céda 28 700 m² de terrains rue Saint-Vincent-de-Paul, rue Ambroise Paré, rue Bouvines…

Les travaux commencent à l’automne 1846. Les frais de construction sont évalués a 4 MF de francs. Il coûta finalement plus de 10 MF. Pour avoir une idée de ce que cela représente, il faut rappeler que le total des dépenses du budget de l ‘Assistance Publique en 1853 est de 19 MF. L’entreprise se révéla hérissée de difficultés: pendant des années le clos Saint-Lazare avait servi de voirie à boue; il fallut consolider le terrain avant d’entreprendre les fondations.

La révolution de 1848 interrompt brutalement l’oeuvre, à peine commencée. L ‘implantation stratégique du futur hôpital le transforme en citadelle de l’insurrection et en fit le théâtre des plus violents combats de ces journées entre les insurgés et les troupes de Lamoricière.

Ralentie, difficile, l’édification de Lariboisière s’éternise. On commence la construction par les murs d’enceinte longs de 3400 mètres et tant bien que mal le gros oeuvre est achevé en 1847.

Mais c’est une personnalité exemplaire qui permit, par sa contribution financière, l’achèvement de cet hôpital modèle: 4 ans plus tard, le 27 décembre 1851, la mort de la comtesse de Lariboisière allait valoir à l’Assistance Publique un des plus gros legs de son histoire. « L’hôpital du nord » doit en effet son nom définitif à la comtesse de Lariboisière, fille du comte Roy, un des plus riches propriétaires de France et épouse de Monsieur de Lariboisière, grand officier de l ‘Empire. Née en 1788, elle tint pendant 30 ans l’un des plus grands salons parisiens. Elle fit don de 2 150 000 francs-or sous réserve de donner à un hôpital le nom de Lariboisière.

L’hôpital Lariboisière ouvrit ses portes en 1853, après 7 ans de travaux. Il comportait 612 lits, répartis en six services de médecine et deux de chirurgie. L ‘amphithéâtre servait à la fois de salle de cours et de salle d’opération.

 

L’hôpital Lariboisière traversa ainsi deux révolutions et deux guerres:
Il sortit médaillé des guerres de 1871 et de 1914.
Pendant la seconde guerre mondiale, il devint un hôpital militaire allemand qui avait pour nom Ortzlazarett. Sous l’occupation, on emportait avec les malades évacués les couvertures, les oreillers, les alèses… Dans les caisses faites en vue du départ, les « Schwester » emportent thermomètres, broches, etc.,pour emménager à l’hôpital de Reims.
A la libération, Lariboisière devient « 48th general hospital USA »
L’hôpital Lariboisière se voulait un modèle d’établissement sanitaire, au dépend de l’architecture. Il ne l ‘a jamais été totalement, même au début de son fonctionnement. Ironie du sort, c’est sa valeur architecturale qui a manqué faire disparaître Lariboisière en tant qu ‘hôpital.

LA SAGA DE LARIBOISIÈRE

par Monsieur le Professeur Jean-Paul Martineaud
en treize épisodes

<b>1er EPISODE : La Création</b>

La création d’un grand hôpital sur la rive droite de la Seine s’imposait depuis le début du XIXème siècle et la survenue d’une épidémie de choléra qui fit des milliers de morts en 1832 accéléra le processus. Depuis longtemps, on avait prévu que le Clos Saint-Lazare accueillerait la construction, ancien jardin du couvent Saint-Lazare devenu terrain vague où l’on déchargeait des ordures, aire de jeux pour les galopins le jour, champ de manoeuvres pour les mauvais garçons la nuit. Les travaux débutèrent en 1847 par la construction du mur d’enceinte, puis on mit en place les fondations malgré les difficultés dues à l’instabilité du sol. Les murs commençaient à monter lorsqu’éclata la révolution de 1848. La révolution se termina de façon sanglante dans le chantier de construction dont le redémarrage prit un peu de temps. Les dénominations successives de l’hôpital rendent bien compte des vicissitudes du temps puisqu’on l’appela successivement Hôpital du Nord, Louis-Philippe, de la République, enfin de Lariboisière.

En effet, la Comtesse de Lariboisière née Elisa Roy légua sa grande fortune à la ville de Paris pour  » construire un hospice pour les pauvres malades et qui porterait son nom « . La succession fut rapidement réglée et l’AP disposa de 2 600 000 francs-or : dès lors les travaux allèrent bon train. L’inauguration de l’hôpital eut lieu le 13 mars 1854.

L’hôpital Lariboisière fut le premier en France à être bâti sur des idées hygiénistes et un concept architectural nouveau : des pavillons séparés permettant une meilleure dispersion des miasmes (on ne connaissait pas les microbes à cette époque). C’était la première réalisation de la toute nouvelle Assistance Publique et on la voulut prestigieuse : majesté des bâtiments et richesse de la décoration, colonnes, sculptures, jardins firent impression. L’hôpital abritait 600 lits auxquels on adjoignit les 60 de la maternité peu après. On arriva très vite à saturation d’occupation car l’humble population ouvrière des quartiers avoisinants avait bien besoin qu’on se préoccupât de sa santé : l’établissement devint vite le royaume des brancards*, au grand dam des chefs de service.

* brancard : lit supplémentaire installé provisoirement selon les besoins d’hospitalisation.

<b>2ème EPISODE : Le Versailles de la misère</b>

La population ouvrière du quartier prit très vite l’habitude de fréquenter, aux fins de consultations et d’hospitalisation, le prestigieux édifice de la rue Ambroise Paré dont la belle apparence tranchait sur les autres hôpitaux parisiens fort vétustes. En revanche, les autorités furent vite déconcertées, car les résultats thérapeutiques n’étaient pas brillants : le taux de mortalité, de l’ordre de 12% des entrants, était des plus élevés, supérieur à celui observé par exemple à l’Hôtel Dieu, la Pitié ou la Charité très anciens et dont l’hygiène laissait vraiment à désirer. On s’interrogea beaucoup sur les raisons de ce paradoxe et certains mirent l’hôpital Lariboisière en accusation. Il y eut une vigoureuse polémique à l’Académie de Médecine en 1862 : J.F. Malgaigne, le célèbre chirurgien de Saint-Louis fut particulièrement agressif et Ambroise Tardieu, le plus ancien des médecins de Lariboisière défendit avec coeur l’honneur de ses collègues et du personnel infirmier, c’est-à-dire les six chefs de service de médecine, les deux chirurgiens et leur huit internes, le pharmacien et ses six internes et les soixante quinze membres du personnel infirmier.

Pour expliquer les résultats décevants, on incrimina successivement l’exiguïté des offices d’infirmières, la surcharge des salles, l’inadéquation des lieux d’aisance, la disposition inadéquate des portes de salles favorisant les courants d’air, les défaillances du nouveau système de ventilation et de chauffage. Le jugement le plus objectif et le plus proche de la réalité fut sans doute celui de Maxime du Camp, un chroniqueur du temps :  » L’hôpital de Lariboisière accueille la partie la plus chétive, la plus anémique de la population de Paris. Il est forcément le réceptacle de tous les cas morbides… qui viennent des quartiers où la maladie, la faiblesse sont en permanence… Quand les malades entrent, ils sont épuisés déjà et depuis longtemps. On le voit bien après les opérations chirurgicales qui réussissent moins bien qu’ailleurs. Le patient le supporte mal, flotte quelques jours entre la vie et la mort, ne peut parvenir à prendre le dessus et meurt! Il n’en est pas ainsi à Saint-Antoine qui reçoit la vigoureuse population du Faubourg, à Necker qui confirme aux grands quartiers, à la Charité ou à Beaujon où vont les ouvriers en chambre (artisans) et les gens de livrée « . Triste constat, mais on s’explique un peu mieux la méprisante apostrophe lancée par Malgaigne au cours du débat : Lariboisière, le Versailles de la misère.

<b>3ème EPISODE : Un regard lucide</b>

Sa Majesté l’Impératrice visite les cholériques
de l’hôpital de Lariboisière, elle est reçue à l’entrée de la salle Saint-Landry.

Nous sommes déroutés par la vie quotidienne d’un hôpital de la seconde moitié du XIXème siècle, car elle avait peu à voir avec ce que nous y vivons aujourd’hui. Les malades étaient des gens simples qui n’avaient pour survivre que leur travail. Lariboisière était leur seule ressource en cas de maladie grave : ils faisaient donc totalement confiance à l’hôpital pour les remettre sur pied. Quant à ceux qui n’avaient pas d’espoir de guérison, ils venaient profiter d’un peu de chaleur humaine. Les pathologies médicales étaient d’abord banales : insuffisance cardiaque, néphrites, tumeurs cancéreuses, alcoolisme surtout aigu ou infections pleuropulmonaires. Mais c’étaient les grandes endémies qui impressionnaient : le choléra qui eut des récurrences chaque été jusqu’à la fin du siècle, la fièvre typhoïde qui faisait des ravages jusque dans le personnel, la variole qui fut l’occasion des premières vaccinations d’infirmières, la rage qui n’épargnait pas un seul des malheureux atteints d’hydrophobie et puis, la morve ou sa forme cutanée, le farcin, et même le charbon. Quant à la tuberculose, hantise de toute une société, elle était considérée comme un arrêt de mort. Il y eut longtemps deux salles réservées aux tuberculeux mais ceux-ci étaient si nombreux qu’on réservait cet isolement aux formes les plus évoluées, si bien qu’on entrait à la salle Grisolle ou Aran pour y mourir. D’ailleurs physiquement les malades ne pouvaient pas en sortir : deux étages de 40 marches, c’était trop pour ces désespérés. En conséquence, les statistiques étaient mauvaises et l’image de l’hôpital peu encourageante. Gervaise, dans  » l’Assommoir  » en donne la vision populaire : elle accompagne Coupeau la nuit jusque dans la salle commune et compare l’alignement des lits, dans la pénombre de l’éclairage au gaz, à un « petit Père-Lachaise »!

Les traitements administrés étaient inefficaces mais ne manquaient pas de pittoresque : sangsues (on avait observé à Lariboisière qu’elles étaient moins efficaces chez les femmes, si bien qu’on réservait à celles-ci les hirudinées* fraîches), ventouses (un ventouseur reçut la médaille de l’AP car pendant sa carrière à Lariboisière, il en avait posé plus de 5 millions).

Cataplasmes, sinapismes, régime ovolacté et lavements… Ceux-ci étaient en fait la voie d’administration des traitements internes, à base de plantes le plus souvent. Il y eut aussi la balnéothérapie tiède dont on démontra, sur place, l’efficacité dans le traitement de la fièvre typhoïde, même si un jour, il y eut mort d’une malade qu’on avait oubliée dans son bain. L’hôpital fut donc richement doté en chaudières et baignoires.

Les succès actuels de l’hôpital Lariboisière sont donc le fruit de bien des tâtonnements

* famille de sangsues

<b>4ème EPISODE : Jours de fureur et de deuil</b>

Les années 1870-71 furent marquées par des événements dramatiques et représentèrent pour l’hôpital Lariboisière une période noire.

Le premier drame était la défaite des armées françaises et le siège de Paris amenant l’armée prussienne aux portes de l’hôpital. Le ravitaillement était difficile et les malades n’eurent à manger pendant les terribles semaines de l’hiver 70-71 que des légumes ; on ne leur servit pourtant pas les rats qui pullulaient sur le site! Aux épreuves du siège allaient succéder les horreurs de la guerre civile. L’hôpital fut, alors, au centre des combats : les Versaillais tenaient l’ouest de Paris et la Butte Montmartre, les Fédérés retranchés dans le nord-est tenaient la butte du Château-Rouge et les Buttes Chaumont. Les deux artilleries échangeaient, par dessus Lariboisière, leurs projectiles. Ceux des Communards firent d’autant plus de dégats que certains étaient incendiaires. Les 23 et 24 mai 1871 virent un déluge de fer et de feu. Il y eut un incendie dans les combles de l’amphithéâtre des morts. Un obus entra par la fenêtre d’une salle du rez-de-chaussée, en pleine visite de l’interne et roula sous le lit d’un malade au milieu de l’angoisse générale ; heureusement il fit long feu. Peu après, un autre tomba sur le caveau de linge sale, blessant plusieurs infirmières et infirmiers, et y mit le feu. Le mécanicien Robin se précipita au secours de ses camarades mais un second obus tomba au même endroit le tuant net et blessant plusieurs personnes dont deux mortellement. Le 25 mai arriva, grièvement blessé, une gloire de l’armée de la Commune, le commandant en chef, Jaroslav Dombrovski, qui avait dit :  » Vous allez voir comment meurt un général de la Commune « . Atteint sur une barricade de la rue des Poissonniers, aux commandes d’une mitrailleuse dont le servant venait d’être tué. Il reçut des soins dans une pharmacie de la rue Myrrha et fut mis dans le lit n°4 de la salle Saint-Honoré où il mourut ; son corps fut transféré à l’hôtel de Ville pour la veillée funèbre.

Il y eut 296 hospitalisés à Lariboisière. La plupart était des victimes civiles, on reçut aussi des combattants des deux camps, si bien que se retrouvèrent couchés côte à côte ceux qui s’étaient entretués aux portes de l’hôpital, égaux dans la souffrance. Tout le personnel se dévoua jusqu’à l’épuisement, les deux chirurgiens E. Cusco et A. Verneuil particulièrement.

Evacuation des blessés du Val-de-Grâce
Extrait de « La Commune au Quartier Latin » de Maurice Choury.

<b>5ème EPISODE : Le chirurgien de Lariboisière</b>

En 1996, on a peine à imaginer comment la chirurgie était exercée au siècle dernier à l’hôpital Lariboisière en particulier. Benjamin Horteloup, médecin de l’hôpital, nous a raconté de manière très précise une séance opératoire de Edouard Pierre Chassaignac, le chef d’un des deux services de chirurgie depuis l’ouverture en 1854 jusqu’en 1864. Ce dernier était, d’une part favorable à l’ablation des amygdales car il les tenait pour responsables de beaucoup de pathologies respiratoires, d’autre part partisan de la chirurgie collective. Il organisait donc à intervalles réguliers dans son service des séances d’amygdalectomie. Pour cela, on groupait six « candidats » qu’on amenait dans une chambre de malade aménagée pour la circonstance. On avait placé des matelas par terre le long du mur et installé les malades agenouillés assis sur leurs talons côte à côte. Des garçons de service les aidaient à maintenir la tête renversée en arrière et la bouche ouverte. Quand tout ce petit monde était installé, E.P. Chassaignac entrait en scène. Il plaçait une pince qu’il avait arrangée lui-même (car c’était un inventeur d’instruments chirurgicaux!) sur chaque amygdale de chacun de ses malades. Lorsque la dernière amygdale était saisie, il revenait au début de la rangée et le traitement proprement dit commençait, c’est à dire qu’il sectionnait et arrachait successivement chaque amygdale à chaque patient (oh combien !) et passait au suivant.

Et quant il avait commencé, rapporte Horteloup qui fut témoin oculaire, rien ne pouvait l’arrêter, ni les pleurs, ni les cris, ni le sang, ni les lipothymies. Il allait jusqu’au bout de la rangée »résolu comme un soldat qui monte à l’attaque, excité comme un artiste qui crée ». Il était en effet dans l’ordre des choses que les douze amygdales fussent ectomisées au cours de la séance.

La réputation d’E.P. Chassaignac franchit aisément les murs de l’hôpital : il fut bientôt connu dans tout Paris comme « le chirurgien de Lariboisière ». Sa réputation s’étendit même au-delà des frontières. Ainsi, un beau jour de 1862, une princesse russe se présenta à l’hôpital, où elle fut reçue avec tous les honneurs dus à son rang, accompagnée de son médecin personnel : elle souhaitait en effet que celui-ci fut mis au courant du maniement de l’écraseur linéaire, un instrument chirurgical dont Chassaignac était le créateur et l’utilisateur. Il fut donc convié à assister à une séance opératoire regroupant quatre malades porteurs d’une tumeur de la langue. Mais ceci est une autre histoire.

<b>6ème EPISODE : Le Temps des Dames Augustines</b>

Lorsqu’en 1878, Michel Möring revint à la direction de l’Assistance Publique, il se fixa comme but de mettre en route la laïcisation du personnel hospitalier, mais discrètement car il aurait difficilement obtenu de son Conseil de Surveillance, divisé sur ce projet, une décision favorable. Le Conseil municipal fut en l’occurrence le moteur principal de cette évolution pour laquelle il fournit les moyens financiers indispensables. Le rôle de Désiré-Magloire Bourneville, médecin de l’hôpital Bicètre, rapporteur du budget à ce Conseil fut déterminant : il tonnait régulièrement contre l’ignorance professionnelle et surtout le prosélytisme déplacé des religieuses hospitalières. Les hôpitaux Laënnec et La Pitié furent les premiers laïcisés sans que le Conseil de surveillance soit seulement tenu au courant. Lorsqu’il l’apprit la polémique surgit, extrêmement violente : la laïcisation n’en continua pas moins.

En 1887, ce fut le tour de Lariboisière. Les Dames Augustines y étaient présentes depuis l’ouverture, c’est à dire plus de trente ans, installées dans le pavillon E. Chacune avait une fonction de surveillante, dans les services cliniques où l’on appréciait leur autorité absolue sur un personnel turbulent et leur disponibilité, puisqu’elles étaient de service de 5 h 30 à 21 h (sauf pendant les offices religieux) et assuraient par roulement deux rondes chaque nuit ! Il y en avait également dans les services généraux (buanderie, lingerie, cuisine) où l’on se reposait sur leur honnêteté inflexible et leur sens proverbial de l’économie en même temps qu’elles tenaient d’une main ferme des servantes et des serviteurs peu scrupuleux.

Le 15 septembre à 5 h 15, les dix-huit religieuses soignantes partaient définitivement, unanimement regrettées (sauf du petit personnel !), pour rejoindre leur maison-mère, l’Hôtel-Dieu. A 5h30, le personnel de remplacement, formé dans les écoles d’infirmières, arrivait et prenait ses nouvelles fonctions. Tout s’était passé dans l’ordre et avec dignité. En moyenne, il fallut cependant deux personnes pour remplacer une religieuse, mais le Conseil municipal n’avait pas ménagé ses efforts financiers pour accélérer le processus car l’horaire de travail de ce personnel n’était plus que 6h 30-18 h. Il ne fut cependant pas facile de trouver le personnel adéquat : ne disait-on pas que pour remplacer une soeur, il fallait trouver des veuves sans enfant ou des célibataires aux moeurs insoupçonnables (ce qui était rare !). La laïcisation fut complétée le 29 mars 1888 par une nouvelle dénomination des salles d’hospitalisation : on remplaça les noms de saintes et de saints par des noms de médecins ayant pour beaucoup d’entre eux fréquenté l’établissement.

A ce moment, la bataille faisait toujours rage entre les partisans de la laïcisation et les opposants. Les médecins des hôpitaux, y compris ceux de Lariboisière, y étaient farouchement opposés et ont tenté de multiples manoeuvres pour la torpiller ; les administratifs, le petit personnel et les politiques étaient des anticongréganistes convaincus. Tout était prétexte pour jeter de l’huile sur le feu : ainsi à l’hôpital Lariboisière, quelques accidents ou incidents thérapeutiques servirent à attaquer les nouvelles responsables sur leur compétence. Des pétitions demandant le retour des Dames Augustines circulèrent à plusieurs reprises et des dames visiteuses allèrent jusqu’à introduire clandestinement dans les salles une bande dessinée insultante pour le personnel civil. Il fallut plus de vingt ans pour que la querelle s’atténuât. C’est seulement en 1908 que les dernières religieuses quittèrent St-Louis et l’Hôtel-Dieu. Une page de l’histoire des hôpitaux était tournée.

<b>7ème EPISODE : A l'aube du XIXème siecle</b>

Les bâtiments, 50 ans après leur inauguration? avaient besoin d’un sérieux ravalement : les pierres tombaient des murs rongés par les fumées acides des locomotives proches, la pluie s’infiltrait sous les toits, les plâtres s’effritaient et dégringolaient par plaques sur la tête des visiteurs dans les galeries, les rats rongeaient consciencieusement les planchers….

L’environnement avait changé. Le quartier s’était construit et la population laborieuse avait recours à l’hôpital pour tous ses ennuis de santé : on dénombrait 15 000 hospitalisations par an, 1 500 accouchements et 50 000 consultations. Les spécialités médicales voyaient le jour les unes après les autres. Il était impérieux de rénover et de créer pour s’adapter à ces nouvelles données.

De nouveaux bâtiments surgirent aux 4 coins du quadrilatère historique. Le premier pavillon inauguré en 1901, fut celui des voies urinaires qui répondait à un besoin…pressant : en effet les deux services parisiens d’urologie étaient à Necker (où avait exercé Civiale) et il y avait beaucoup de blennorragies sur la rive droite ! Peu après, on ouvrit sur la rue Ambroise Paré, les 2 pavillons de consultation où les chefs de service de médecine et de chirurgie assuraient eux-mêmes l’accueil par roulement. Puis ce fut le tour du pavillon de laryngologie à l’angle sud-ouest : le service ORL acquit bientôt une grande renommée et, en 1919, on y créa une chaire de clinique, la première à Lariboisière, confiée au Professeur Sébileau. Le pavillon d’Ophtalmologie fut ouvert en 1909 : un des chefs de service Victor Morax le mena rapidement à une grande notoriété.

On construisit de nouvelles salles d’opération en bout de bâtiments sous forme de verrues particulièrement inesthétiques. On réaménagea les salles d’hospitalisation des bâtiments anciens, ce qui porta la capacité d’accueil à plus de 1 100 lits, sans compter les brancards ! Et comme les succès thérapeutiques n’étaient pas toujours là, on agrandit en le déplaçant l’amphithéâtre des morts. Dans une perspective plus optimiste, la cuisine passa d’un pavillon de façade à son emplacement actuel. Enfin après la guerre 14-18, la maternité s’enrichit du pavillon d’isolement et de consultation à l’angle nord-ouest de l’hôpital.

Ainsi les espaces verts très vastes au départ, étaient progressivement grignotés par des constructions plus ou moins (in)esthétiques, d’autant plus que certains préaux accueillaient des baraquements « provisoires » de plus en plus branlants au fil des ans.

<b>8ème EPISODE : La Belle Epoque</b>

Dans les bâtiments rénovés, les malades changeaient aussi. Il n’y avait plus seulement des indigents, plus ou moins abandonnés par leur famille, mais aussi des ouvriers, des petits fonctionnaires, des employées de maison qu’on venait visiter. Et cela représentait une véritable aventure. Les visites n’avaient lieu que le jeudi et le dimanche de 13 à 15 h, car elles étaient considérées comme préjudiciables, à la santé des hospitalisés : les espacer permettait de mieux  » faire comprendre à une femme nerveuse, à un mari bruyamment sentimental que le conjoint avait plus besoin de repos et de silence que de caresses et d’encouragement ». Il fallait en principe un permis de visite signé par le médecin. Les jours de visite, la foule se massait devant les grilles, parfois plus de 3 000 personnes s’engouffraient dès que les portes s’ouvraient. Pour maintenir l’ordre, il fallut parfois avoir recours aux sergents de ville ! Si on ne savait pas où était « son » malade, le parcours était difficile : après avoir fait longuement la queue devant un guichet, on pouvait se voir renvoyé vers un autre aussi encombré. Une dame des beaux quartiers venue voir sa domestique attendit 45 minutes sans pouvoir obtenir de laissez-passer, ni même un renseignement et lorsque les choses commençaient à s’arranger, la cloche sonna la fin des visites. A plusieurs reprises, des familles n’ont pu voir avant son décès leur parent hospitalisé dans un état désespéré. Il est sûr que les deux garçons des entrées étaient débordés dans ces occasions car il y avait plus de 1 100 lits d’hospitalisation, mais peut-être ne mettaient-ils pas toujours un maximun de rapidité dans leurs recherches. En tout cas, si l’effectif total du personnel atteignait 752 agents, plus de la moitié étaient affectés aux soins infirmiers. La buanderie, l’atelier des instruments de chirurgie et les services généraux demandaient un grand nombre de personnes alors que les services administratifs n’en mobilisaient qu’une dizaine. Pourtant, comme on s’en doute, le nombre de fiches, formulaires, registres, certificats, inscriptions à remplir avait été multiplié par dix depuis l’ouverture. C’était l’époque où Charlie Chaplin tournait Les Temps Modernes, mais c’était aussi le temps des mesures sociales : la durée du travail à Lariboisière était ramenée de 12 h à 10 h puis à 8 h par jour, les congés annuels étaient passés de 10 ou 20 jours à 18 et 21 jours. Les agents en fin de carrière étaient mis au repos, avec une pension pour les titulaires, ou bien une place dans un asile de vieillards pour les journaliers. Telle était la Belle Epoque à Lariboisière.

<b>9ème EPISODE : Les embarras de Paris-Lariboisière</b>

Dans les années 30, le quartier Barbès était déjà fort turbulent et on s’aperçoit aujourd’hui que les maux de Lariboisière ne sont pas toujours nouveaux. Ainsi se plaignait-on déjà du bruit et des encombrements.

Deux fois par semaine, se tenait sur le boulevard de la Chapelle un pittoresque marché. Les voitures des commerçants (à chevaux pour beaucoup d’entre elles) et les charretons à bras des marchands des quatre-saisons encombraient la chaussée, gênaient le passage des voitures de l’hôpital et pouvaient même empêcher la sortie des (nombreux) convois funèbres. Les chalands eux-mêmes ne facilitaient pas l’accès des consultantes de la maternité à la porte du service. Quant aux sergents de ville, régulièrement alertés par le Directeur de l’hôpital, ils avaient toutes les peines du monde à rétablir un semblant d’ordre dans cette anarchie.

Par ailleurs, chaque année voyait s’installer sur ce boulevard une Foire très populaire dans le quartier. Jusque tard le soir, les bonimenteurs s’égosillaient, les bateleurs sollicitaient les passants, les manèges dispensaient leur bruit de ferraille et les orgues de Barbarie leur musique criarde.

Pour faire respecter le sommeil des nouvelles accouchées dont les fenêtres donnaient directement sur les baraques, le seul recours était le Préfet de Police qui déléguait des sergents de ville. Ceux-ci ne manquaient pas de distribuer des conseils mais restaient impuissants devant les nuisances sonores.

La présence de détritus alimentaires entretenue par le marché Barbès n’avait pas manqué d’attirer des cohortes de rats dont beaucoup élurent domicile dans l’hôpital. La lutte pour se débarrasser de ces rongeurs qui dévastaient l’établissement et terrorisaient malades et personnel fut épique. Les nasses, les pièges, les produits chimiques et même la pullulation des chats (à bon rat, bon chat !) furent impuissants à endiguer cette marée grise. On dut se résoudre à faire appel à un spécialiste extérieur, lequel, grand seigneur et habile homme d’affaires, déclara qu’il n’acceptait d’être payé qu’en cas de réussite ; ce qui fut le cas. En revanche on a mis bien plus longtemps à se débarrasser …des chats.

Maternité de Lariboisière dans les années 30

10ème EPISODE : A la guerre comme à la guerre

La période qui sépare la déclaration de guerre de l’offensive allemande qui amena la débâcle, a été marquée à Lariboisière par quelques événements imprévus dont un des plus marquants fut l’évacuation des malades transportables vers la Normandie.

En effet, en vue de l’accueil des blessés militaires, on décida d’évacuer 300 malades graves : tuberculeux, cardiaques, cirrhotiques ou cancéreux mobilisables. Aussi, par un bel après-midi de septembre 1939, à la gare Montparnasse, on installa 300 patients amenés en autobus, dans un train spécial. 51 infirmières et 2 externes femmes les encadraient mais elles n’étaient même pas au courant de la destination finale. A 4 h 30, le train entrait en gare de Laigle où personne ne l’attendait. Le temps de se réapprovisionner en eau, de donner les soins urgents, on repartait vers Argentan où l’on arriva à 5 h : rien n’y était prévu mais au moins, les convoyeuses apprirent la destination finale, Bagnoles de l’Orne. On y parvint à 13 h 30 dans l’état qu’on imagine après 24 heures de voyage.

Le sous-préfet était sur le quai mais sans aucun moyen. Les épreuves ne faisaient donc que continuer. Il fallait coucher les malades mais les hôtels étaient encore occupés par les derniers curistes et il n’y avait pas de réquisition prévue. Alors, les Normands proposèrent…des bottes de paille et de mettre…deux malades par lit : tout ceci fut refusé avec indignation. Aussi n’est-ce qu’à 5 h du matin soit 40 heures après le départ que tous les malades purent être couchés !

Dans les jours qui suivirent, les choses s’arrangèrent : les curistes, entendant tousser, voyant cracher et reniflant l’odeur d’hôpital, préférèrent s’éclipser ; on put regrouper les malades les plus atteints dans le Casino réquisitionné et assurer à tous les soins nécessaires. Le séjour normand allait se prolonger pour le personnel de l’AP jusqu’au printemps, le temps de renvoyer chez eux les malades stabilisés et de placer les autres dans les hôpitaux de la région.

Alors que Lariboisière, à moitié vidé de ses effectifs (de nombreux infirmiers et médecins étaient mobilisés), disposant d’un stock de masques à gaz et de brassards à croix rouge, attendait dans une fausse indifférence l’issue de la drôle de guerre et… l’arrivée des Allemands.

11ème EPISODE : Lariboisière entre parenthèses

L’hôpital Lariboisière fut pendant la guerre 1939-1945 mis entre parenthèses de l’Assistance Publique. En effet les locaux et le personnel technique furent successivement réquisitionnés au profit d’une armée d’occupation (les Allemands) et d’une armée de libération (les Américains).

Le 26 juillet 1940, l’hôpital devint Kriegslazarett pour la Wehrmacht. Les médecins, les infirmières (les schvester), et bien entendu les malades étaient allemands ; le médecin-chef était teuton. La discipline était stricte, chacun faisait ce pourquoi il était désigné : il y avait au sous-sol une prison pour les soldats trop turbulents. Il y avait à côté un directeur français délégué par l’AP et une soixantaine d’agents assurant les services généraux : cuisine, entretien, buanderie. Chaque communauté vivait de son côté, communiquant avec l’autre par l’intermédiaire d’un interprète (longtemps ce fut un …. suisse). Le débarquement de juin 1944 bouleversa les données. Lariboisière devint un véritable hôpital de guerre : il recevait des grands blessés, brûlures étendues (le napalm était devenu une arme), fracas des membres, plaies surinfectées…. Il fallut mettre des lits partout, puis des brancards et des matelas à même le sol dans la chapelle et sur deux rangées dans la grande galerie. Le personnel allemand débordé accepta d’être aidé pour les soins par des infirmières françaises mais on manquait de tout : l’odeur était épouvantable. A la veille de la libération de Paris, les Allemands évacuèrent rapidement les lieux, rapatriant les blessés transportables sur l’Allemagne et regroupant les autres à la Pitié. L’hôpital resta vide pendant les violents combats de la Libération.

On se préparait à réouvrir lorsque, fin septembre 1944, tomba un nouvel ordre de réquisition au profit de l’US Army. La coexistence reprit mais paradoxalement elle donna lieu à plus d’incidents que la première car les Américains étaient nettement plus pétulants et regorgeaient de choses oubliées et bien tentantes : cigarettes, bas de soie, chocolat, linge, nourriture. Ceci suscita des vocations de chapardeurs et même de voleurs. Pour la première fois on put utiliser de la pénicilline à Lariboisière. A la Noël 1945, la bataille des Ardennes recréa une période d’intense activité chirurgicale : les blessés débarquaient aux gares de l’Est et du Nord et une noria d’ambulances les amenait à l’hôpital où on ne leur donnait pratiquement que les premiers soins. Le front s’éloignant, le calme revint peu à peu jusqu’à l’armistice de mai 1945. Dès le lendemain les Américains pliaient bagage et l’hôpital fut enfin rendu à sa vocation civile.

12ème EPISODE : Un hôpital rajeuni pour son centenaire

Une fois la tourmente 39-45 passée, l’activité ordinaire allait très vite reprendre son cours. Dès juin 1945, on réouvrit progressivement les services de chirurgie et de médecine, ainsi que la maternité. Du personnel nouveau fut recruté car on ne voulait pas, pour la réouverture d’un établissement rajeuni, d’agents âgés ou compromis avec les Allemands ou plus exactement suspects de l’avoir été, car les principales accusations se révélèrent fausses. Pour la première fois, on engagea des infirmiers hommes pour les salles d’hommes de chirurgie et d’urologie. La question des équipements de radiologie et des salles d’opération fut plus difficile à résoudre car d’une part les allemands, dans leur débâcle, avaient emporté tout ce qui était déménageable, d’autre part les Américains avaient jeté pratiquement tout le reste, le jugeant totalement obsolète : il n’y avait plus ni chemises de nuit, ni draps pour les malades. L’AP fit de gros efforts : on commanda du matériel radiologique français, en revanche pour les instruments chirurgicaux, l’administration envoya une mission d’achat en …. Allemagne occupée où fonctionnaient toujours des usines de production ! On discuta vivement au Conseil de Surveillance pour savoir s’il fallait payer ou bien considérer que ce n’était que la récupération de matériel volé. La courtoisie étant une vertu bien française, on paya et en dollars par-dessus le marché !

Ce fut Jean Mathey qui le premier ouvrit le service de chirurgie, suivi de Henri Grenet pour la maternité. Les médecins arrivèrent ensuite et en convoi, venant de l’hôpital provisoire de la Cité Universitaire, où ils avaient été exilés. Parmi eux, Jean Lenègre, Pierre Soulié et S. de Sèze étaient les plus illustres : ils allaient créer un formidable dynamisme dont leurs lointains successeurs bénéficient toujours. C’est à cette époque que furent créés à Lariboisière, le premier laboratoire français d’exploration hémodynamique pour les malades cardiaques et la plus grande consultation de rhumatologie à Paris. Peu de temps après, Jacques Le Beau arrivait avec mission de fonder un service de neurochirurgie, le premier dans le nord de Paris. Les services de spécialités urologie, ORL et ophtalmologie qui avant la guerre avaient beaucoup fait pour le renom de l’établissement avaient réouvert leurs portes plus discrètement.

Ainsi, se sont mis en place dans les années 50, au moment où l’hôpital allait célébrer son centenaire, les grands services de spécialités qui allaient faire la réputation de Lariboisière pendant les décennies suivantes.


Lariboisière – Radiologie 1953

13ème ET DERNIER EPISODE : Des taupes à Lariboisière

Dès les années 50, l’activité médicale dépassa les possibilités de l’environnement technique, à l’étroit dans des locaux disparates et en retard sur les progrès médicotechniques. L’organisation de l’hôpital devait être entièrement repensée. Direction, médecins, architecte et service des travaux se concertèrent pour aboutir à un projet ambitieux de bloc médicotechnique (le BMT) correspondant aux besoins ressentis et aux évolutions prévisibles. Nouveauté révolutionnaire à l’époque, on allait construire en sous-sol trois étages techniques au cœur des bâtiments historiques.

Le premier coup de pioche fut donné fin 1975, au milieu de l’euphorie générale. De semaine en semaine, on suivait les progrès du chantier avec satisfaction d’abord, puis avec une appréhension grandissante, car on voyait s’agrandir inexorablement l’excavation à la verticale des murs de la galerie. Un premier incident vint justifier les craintes : en plein mois d’août, on eut la surprise de voir sourdre un filet d’eau au-dessous de la chapelle, puis un vrai ruisseau. On venait de redécouvrir la Grange Batelière, ru souterrain descendu de la Butte Montmartre : il fallut pomper l’eau en permanence. Mais ce qu’on craignait le plus finit par arriver. Une large et longue fissure naquit dans le sol de la galerie et d’inquiétants décrochements apparurent dans les arcs de pierre : une bonne partie de l’hôpital risquait de finir dans le trou ! On étaya frénétiquement les galeries avec une forêt de madriers puis on reprit d’urgence les bâtiments en profondeur en les fixant par des pieux de béton. Les coûts de construction s’envolèrent car, en plus, l’étanchéité du 3ème sous-sol au milieu de la nappe phréatique fut difficile à établir. Mais on continua car il n’était pas question de s’arrêter au milieu … du gué.

Restait la question de l’utilisation de ces nouveaux locaux. Elle fut âprement débattue : si la place de la radiologie et celle des salles d’opération allèrent de soi (encore qu’il fallut se mettre d’accord sur les surfaces), ce ne fut pas le cas des autres disciplines. Le personnel n’était pas toujours enthousiaste de devoir descendre dans une atmosphère climatisée et sous un éclairage électrique permanent : « On n’est pas payé pour travailler dans un sous-marin ! »

Enfin en 1979, tous ces « petits » problèmes ayant été résolus, on inaugura un ensemble technique performant qui permettait à Lariboisière de se maintenir avantageusement dans le peloton de tête des établissements parisiens, en conservant son cachet architectural unique. En conséquence, pour les patients allant passer une radio, ou faire une numération sanguine, la surprise était totale lorsqu’ils découvraient cette fourmilière indétectable en surface. C’était pour Lariboisière la dernière aventure du XXème siècle.


Lariboisière – Août 1976

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<b>LA COMTESSE DE LARIBOISIERE</b>

Elisa Roy, fille du comte Roy, est née en 1788. Son père est un des plus riches propriétaires de France. Elle épouse en 1818 Monsieur de Lariboisière, grand officier de l’Empire. Elle tint pendant 30 ans l’un des plus grands salons Parisiens. Elle mourut le 27 décembre 1851.

L’histoire de sa vie témoigne de sa générosité et de son hospitalité.Malade elle-même, elle émit le souhait qu’après sa mort « un hôpital conserve le souvenir de (sa) famille ». « Je lègue, écrit-elle, la nue propriété de tous ces biens à la ville de Paris pour créer un hospice pour les malades qui portera mon nom, Hospice de Lariboisière ».

Désobéissant dans la lettre mais non dans l’esprit aux dernières volontés de la défunte, Monsieur de Lariboisière propose à l’administration une donation immédiate de 2 150 000 francs en toute propriété sous réserve de donner à un hôpital le nom de Lariboisière. Cette interprétation libérale du testament de Madame de Lariboisière permit l’achèvement de l’hôpital. Toutefois, l’administration l’accepta non sans hésitation: le directeur de l’Assistance Publique de l’époque, Monsieur Davenne, craignait en effet que l’on n’accuse cette institution de détourner à son profit les volontés charitables.

<b>REFERENCES LITTERAIRES</b>

« L’assomoir » d’Emile Zola

En 1865 , un service d’accouchement est créé qui fait dire à un contemporain : « Il n ‘est pas de duchesse qui soit traitée chez elle mieux que nos accouchées ».
On accueille les malades, on y soigne bien, on y mange bien .C’est ce qui ressort des propos de l’ un des personnages de « l’Assomoir »de Zola, Lorilleux, lorsqu il évoque Coupeau malade : « A l ‘hopital il se serait remis sur pied deux fois plus vite.Lorilleux aurait voulu être malade, attraper un bobo quelconque pour lui montrer s’ il hésiterait une seconde à entrer à Lariboisière . Madame Lorilleux connaissait une dame qui en sortait; eh bien, elle avait mangé du poulet matin et soir »

« L’hôtel du Nord » avec Arletty